12 Décembre 2020          A propos des 5 ans de l'accord sur le climat.

A l'occasion des 5 ans de la conclusion de l'accord de Paris sur le climat, diverses opinions s'expriment avec
- d'un coté, les "pessimistes" qui, comme N. Hulot disent "Nous avons perdu la bataille",
- de l'autre, ceux qui comme Laurence Tubiana considèrent que, certes nous n’allons pas assez vite... cependant "les choses avancent": par exemple, les actions de l'industrie carbo-fossile perdent de la valeur, ce qui est un signe encourageant, parmi d'autres.
Les débats sur l'atténuation du (& l'adaptation au...), dérèglement climatique traitent le plus souvent de mesures contribuant à limiter notre dépendance aux combustibles fossiles:
rénover les passoires thermiques, renoncer aux voitures à moteur thermique, lutter contre la déforestation, planter de nouvelles forêts, Etc.
De nombreuses initiatives locales visent à étendre ces pratiques vertueuses: isolation, mobilité multimodale intégrant les "mobilités douces", recours prioritaire aux ressources locales, commerces de proximité, Etc.
Quel que soit l’intérêt de ces mesures, rien ne garantit qu'elles suffiront à respecter la contrainte globale que sont les "budgets carbone fossile" de l'humanité.
En effet, la science nous dit qu'en cette fin 2020...
- pour respecter l'objectif COP-21 d'une hausse de la TSMG (Température de Surface en Moyenne Globale), limitée à +1,5 degré, il nous reste à émettre un peu moins de 500 GtCO2 fossile (car nous avons déjà dépassé +1 degré),
- pour l'objectif d'une hausse moyenne de la TSMG limitée à +2 degré, il nous reste à émettre ~1200 GtCO2.
Au rythme actuel, la première limite serait franchie peu après 2030, (et vers 2050 pour la seconde).
En d'autres termes, nous disposons d'un peu plus de 10 ans pour apprendre à nous passer totalement de combustibles fossiles. (Ou d'un peu plus de 30 ans au rythme actuel, si l'on se résigne à une hausse TSMG limitée à 2 degré, c a d ~3 degré dans l'hémisphère Nord.)
Dans cette situation, il semble rationnel (ou plutôt... "vital"), de soumettre chaque projet, chaque décision, à un examen de sa contribution à notre "émancipation du carbo-fossile".
Cela suppose de cesser d'ignorer, (à plus d'un sens du terme), la différence entre les lois de la physique et les lois humaines: les unes sont intangibles... les autres pas !
C'est pourtant ce qui se passe lorsque le sort d'un projet d’investissement se joue sur le critère "être économiquement viable".
Qu'il s'agisse d'isolation thermique, de pistes cyclables ou de mobilités douces (Télésièges ou télécabines en zone urbaine...), on entend trop souvent la petite musique: "Ce serait bien, mais on ne sait pas le financer, car hélas il n'y a pas de modèle économique."
Avec des critères aussi inadaptés, le partage de taches entre le secteur privé et la puissance publique semble proche du déni de réalité !
La lucidité impose d’abandonner les critères "Être économiquement viable" ou plutôt "Être rémunérateur" pour les remplacer par: "Cela contribue-t-il assez à notre émancipation du carbo-fossile ?"
Avec un tel critère, il est clair que nombre de projets "économiques", mais dépourvus de contribution suffisante au respect des objectifs de l'accord réalisé il y a 5 ans, seraient remis en cause... pour le plus grand bien de plein d'espèces vivantes, en particulier... la notre !